

Jules ROY
Les villes glissaient au-dessous d'eux, semblables à des nébuleuses, avec leur ossature et leur forme de feux voilés. L'équipage n'imaginait pas, dans les maisons calmes et dans les bars lourds d'odeurs de bière et de tabac, les hommes occupés à des travaux ou à des jeux, tandis que défilait l'énorme armada d'étoiles des bombardiers. L'esprit enfin détaché des coupes d'or du roi Salomon, Chevrier s'abandonna à la contemplation du raid.
Au même point de l'espace, tous les feux basculaient, et les navigateurs qui ne voyaient pas le sol firent virer les pilotes. Les mitrailleurs se partageaient les secteurs de veille pour éviter les avions qui abattaient brusquement vers le sud-est.
- A toi, la droite...
Puis la côte dessina son ombre épaisse et le dernier phare à éclipse les lâcha. Les feux de position s'évanouirent. Au même point de l'espace encore, les navigateurs écrivaient tous : Feux de position coupés.
A l'heure prévue, le navigateur commanda la montée. Le régime des moteurs changea. Leurs voix grandirent, d'abord un peu désordonnées, puis égales et profondes. Elles soulevaient l'avion et le pilote annonçait les altitudes à intervalles réguliers. L'oxygène fut ouvert et chacun y brancha son masque de caoutchouc. L'oxygène arrivait par bouffées fades et sentait les tubes et les bouteilles de métal. Puis le navigateur eut sa crise habituelle.
Il reprocha durement au pilote de ne pas très ,bien suivre son cap et sa vitesse, et le pilote ne protesta pas. Jadis, Chevrier souffrait de ces disputes. Maintenant, il les attendait en souriant, car l'humeur du navigateur ne manquait pas de drôlerie. Quand les vents tournaient, quand une erreur de calcul avait été commise ou bien si le B avait une minute de retard ou que les signaux fussent brouillés, le navigateur se vengeait en accusant le pilote de ne pas respecter son cap ou sa vitesse. Il ignorait la peine que le pilote avait à tenir en équilibre dans ses paumes un avion de trente-deux tonnes qui roulait sur un horizon artificiel dans un flot d'autres machines. Il ignorait qu'avant de virer le pilote devait allumer sa lampe de poche, marquer de nouveaux chiffres sur les compas et que l'avion, lourd aux commandes, ne répondait qu'après l'absorption d'une certaine inertie. Mais quand le navigateur avait dégorgé son fiel, il devenait un écolier sage. C'était pour cela que Chevrier avait pour lui de l'amitié. A chacun de leurs coups durs, le navigateur s'était montré admirable de calme, de gentillesse et d'intelligence, et Chevrier le considérait comme le navigateur le plus sûr de l'escadrille. Mais rien ne l'avait guéri de sa bougonnerie rituelle. jusqu'à la dernière mission, il serait le même.
Au cours du vol, le pilote demeurait aux commandes, mais son esprit s'évadait. C'était pour cela qu'il n'entendait pas toujours ce que lui disait le navigateur. Il avouait qu'il se dédoublait pour échapper à la fatigue. Toujours obsédé par l'abattée d'un imprudent, Chevrier vivait dans un état de tension qui se manifestait, à l'atterrissage, par un flot de paroles. Seul, le bruit des moteurs, par instants, le berçait autant que le ronflement d'un tour ou qu'une chute d'eau pouvaient distraire un ouvrier d'usine ou l'ingénieur d'une centrale. Car à la longue le bruit des moteurs ressemblait dans les écouteurs à celui des cataractes avec un sourd grondement de pierres entrechoquées.
Avant l'objectif, le raid devait piquer brutalement sur le nord et ce virage inquiétait Chevrier. La consigne de veille aux collisions venait d'être appliquée quand le mitrailleur arrière ordonna de cabrer : un avion fut sauté de justesse et disparut aussitôt, happé par les ténèbres. Puis le mécanicien découvrit un feu suspect près du B et le signala.
- ... t'en fais pas, dit Chevrier après un temps. C'est Jupiter.
- Jupiter, ça ? protesta le mécanicien.
- Oui, c'est Jupiter. Il n'est pas gênant. Le mécanicien doutait que ce feu si proche de lui fût Jupiter. Il ne se souvenait pas d'avoir vu une étoile aussi grosse et aussi rougeâtre que celle-là. Jupiter était une planète tranquille qui roulait ses montagnes, ses océans et peut-être ses guerres absurdes à quelques millions de kilomètres de la terre, et qui empruntait, en se couchant dans un banc de stratus, les couleurs du soleil et de la lune à leur déclin. Il avait fallu ce raid sur l'Allemagne pour l'apprendre au mécanicien et cette heure-là, pour qu'il vît Jupiter descendre sur l'horizon.
Quand l'attaque approchait, une certaine paix envahissait toujours Chevrier. Il n'avait devant lui que l'ombre, la même ombre qui l'accompagnait depuis le départ, mais la pensée de ce nouveau rendez-vous où il courait le libérait de toute angoisse. Une fois de plus, un voile allait se soulever et nul visage n'apparaîtrait. Et tout à coup, à la minute attendue, le signe habituel naquit dans la nuit avec ses grappes familières de roses rouges et leur écume rose sur les nuages, et presque aussitôt, les éclairs des premières salves zébrèrent le ciel.
L'équipage aspira profondément l'oxygène. A cette altitude, il n'avait pas besoin d'oxygène pour vivre, mais l'oxygène l'aidait à mieux accepter la pensée qu 'il fonçait un peu au sud, vers Goch. La ville de Goch reposait encore. Peut-être entendait-elle le martèlement des bombes sur Clèves et se réjouissait-elle d'être épargnée. Les chasseurs étaient déjà sûrement dirigés sur Clèves et quand la seconde escadre allait surgir, avec le vent qui la poussait, il leur suffirait de se retourner vers le nouvel incendie.
Chevrier décrocha le bouton du largage et le déposa à sa portée, sûr de le retrouver sans avoir besoin de sa lampe. La machine du viseur était en marche, la croix lumineuse courait sur la campagne noire à demi gonflée de nuages et, devant lui, les roses rouges de Goch éclatèrent. Le ciel crépita et des traçantes montèrent au loin vers les avions qui commençaient à émerger de la nuit, semblables à un troupeau de bêtes sauvages qui se bousculaient pour s'engouffrer sous la même porte. Et soudain, la voix du maître de cérémonies eclata dans les écouteurs.
- Big Boys, from Thunder. Big Boys, from Thunder.. Grands Garçons, de la part de Tonnerre! Grands Garçons, de Tonnerre! Six mille. C'était une voix terrible et fière, qui baissait d'un ton à la chute du verset.
Chevrier serra les poings de fureur. Ce type-là était fou. Il avait dit: " Six mille. " Il voulait les faire descendre à six mille pieds, dans ce cirage, au risque de se fracasser les uns contre les autres. Mais l'équipage avait entendu.
- Six mille pieds, dit le pilote.
- Pas bien compris, répliqua Chevrier, ... bougez Pas.
Mais la voix psalmodiait à l'adresse de tous les chefs de bord récalcitrants.
- Grands Garçons, de Tonnerre! Six mille. Grands Garçons, de la part de Tonnerre !... Dans tous les équipages, des flots d'injures et de blasphèmes la couvraient, mais' l'assurance de la voix n'en était pas ébranlée. En la maudissant, les pilotes pesaient sur les paumes et piquaient pour exécuter l'ordre.
- Bon, se résigna Chevrier. Allons-y. " Au point où nous en sommes " ajouta-t-il pour lui-même en maugréant.
- On descend ? grogna le mécanicien.
- Oui, on descend, répondit durement Chevrier. Tu n'as pas entendu ?
- Mais il est cinglé !
- La question n'est pas là, mon vieux. Silence.
Chevrier avait beau se cuirasser de résignation, il venait d'être pris au piège. Il avait devant lui un épais matelas de nuages à traverser, des canons qui assuraient mieux leurs coups à mesure que les avions perdaient de l'altitude, et qui lançaient vers eux des arches d'or vi£ Chevrier sentait grouiller autour d'eux l'invisible essaim des chasseurs et, loin d'en être effrayé, il y goûtait une affreuse joie. Il continuerait d'insulter le maître de cérémonies mais il lui obéirait, moins pour le plaisir d'obéir que pour être en paix avec soi-même et avec l'équipage. " Les copains sifflaient de bonheur, ricana-t-il, quand ils ont cru que la mission serait facile. C'est maintenant que Morin rigolerait bien s'il était là... "
Les bombes pétaient devant eux, à travers le voile transparent des nuages, comme un orage continu qui écrasait Goch sous le fer et les flammes, et qui craquait aussi dans le ciel. Chevrier se mit à genoux devant son viseur. Ils approchaient. Le Pilote annonçait les altitudes décroissantes et ils atteignirent six mille pieds.
Toutes les fatigues, toute la misère aboutissaient à la bouche écumante d"un volcan d'où le feu débordait en larges coulées, à cette fantasmagorie de ténèbres, d'éclairs et de couleurs. Chevrier n'en éprouvait pas la peur atroce qui le visiterait plus tard dans son sommeil ou quand, près du taxi, il attendrait une fois de plus l'heure de la mise en route des moteurs.. Il mastiquait sa gomme avec force, tandis que ces saletés de bombes à fusées extra-sensibles dégringolaient. " On aurait pu les flanquer au rebut, grogna-t-il, mais il n'y a pas de petites économies dans une guerre... " Puis il pensa aux copains qui étaient plus bas que lui et risquaient de sauter sur les bombes du B, mais d'autres avions étaient aussi plus haut, et le B passait sous l'averse avec la voix démoniaque du maître de cérémonies.
- Big Boys, from Thunder... Grands Garçons, de Tonnerre !... Et tout à coup, la voix hurla le contrordre.
- Lemon Pie, Big Boys, from Thunder, Lemon Pie! Grands Garçons, de la part de Tonnerre, Tarte au Citron !
Tous, dans l'équipage, s'en moquèrent. Tonnerre pouvait s'égosiller à réclamer sa tarte au citron. L'équipage avait lâché son tonnerre. La tarte au citron était pour ceux qui venaient derrière, et un étrange sentiment d'humour féroce les remuait au torrent d'insultes nouvelles qui devaient monter vers le chef de l'expédition.
Ce fut dans le halo de l'incendie que le mitrailleur arrière reconnut un chasseur au double bouquet de flammèches bleues qui dérapaient vers eux.
- Attention, dit-il rapidement. Chasseur au-dessous. Tire-bouchon à gauche.
Le pilote engagea l'avion en virage piqué puis cabra brutalement. C'était la manœuvre classique par quoi les bombardiers essayaient d'échapper à la visée du tueur. Le pilote la déclencha comme à l'exercice, les yeux fixés sur le petit avion de l'horizon artificiel, comme si la vie de l'équipage n'eût pas dépendu de sa réussite, et Chevrier guidait les évolutions, au sein d'une lucidité sereine, comme s'il les eût contemplées de l'extérieur.
Toute hantise des collisions s'était dissipée. Le B vira sur le cap qui le ramenait en Belgique et, de toutes parts, devant, derrière et sur les flancs, s'allumaient les grappes orangées que crachaient les chasseurs au contact pour ameuter leurs équipiers. En larges balancements, le B s'écarta de l'allée de torches. " Puisqu'il faut des pigeons, grommela Chevrier, que ce soient les autres plutôt que nous... " Il demeurait couché dans l'étroite loge vitrée de l'avant et sondait, par lentes pensées, le cirage de l'ombre. Le viseur lui écrasait la poitrine et le sang alourdissait sa tête.
Un moment, le mitrailleur arrière crut que les torches se rapprochaient et demanda que l'on augmentât la vitesse. Soudain, des phares se mirent à brasser l'eau noire du ciel et des batteries cognèrent à la hauteur des avions. C'étaient des Américains qui tiraient sur eux par erreur, comme s'ils n'avaient pas été prévenus de leur passage et qu'ils les eussent confondus avec l'ennemi, et toute la route fut jonchée en un instant de signaux de reconnaissance verts poudrés d'or qui brillaient quelques secondes et s'éteignaient. Les chasseurs en profitaient pour s'infiltrer dans l'escadre, glisser sous les avions et lâcher leurs rafales. De nouveaux feux naissaient avec l'ondulation des lourdes flammes d'essence couchées par le vent; les bombardiers roulaient un peu bord sur bord puis s'embrasaient par les réservoirs d'ailes, flottaient encore un temps, et éclataient comme des étoiles.
Sur la mer du Nord, l'équipage soupira. L'obscurité reprit possession de son royaume. Bien que le mécanicien eût visité les soutes du fuselage, Chevrier fit ouvrir les trappes et secouer l'avion pour être sur qu'aucune bombe n'était restée accrochée. Les premiers projecteurs d'accueil de la côte anglaise dressèrent leurs claires colonnes tranquilles, fichées dans les nuages, comme les hautes pierres d'une table de sacrifice. Puis les feux de position suspendirent les lumières des escadres, telle une seule ville ambulante, étalée à perte de vue sur la terre dont les équipages devinaient, au-dessous d'eux, la masse protectrice.
Chevrier quitta son poste et dégrafa le rideau du navigateur. Le halo de la lampe l'aveugla un moment. Le bas du visage enfoui dans le groin du masque, le navigateur mastiquait sa gomme à la menthe et ses mâchoires saillaient près des tempes. Quand il vit Chevrier, il le regarda d'un air accablé et pointa son crayon sur la carte. Chevrier posa la main sur son épaule qu'il pressa un peu, avec un jeu muet des yeux. Les deux hommes ne s'entendaient jamais très bien au sol, mais les vols les rapprochaient. " C'est un bourgeois ", disait Chevrier du navigateur qui aimait ses aises et supportait mal les fatigues. Et le navigateur disait de Chevrier : " C'est une brute ", parce qu'il restait couvert d'ombre pendant des semaines. Mais leurs préventions tombaient quand ils rentraient ainsi d'Allemagne avec le B, et 1à encore, debout près du navigateur épuisé par cinq heures de calculs, Chevrier ne résistait pas à un certain attendrissement.
La mission n'était pas finie, mais elle avait réussi. Les bombes avaient été larguées sur Goch et le B avait échappé aux chasseurs. Bientôt il faudrait plonger dans le cirage, chercher l'anneau d'or du terrain, tourner au-dessus de lui dans la crasse en évitant les copains, mais il y avait ce moment de repos et l'équipage en profitait.
L'escadre illuminée remontait tranquillement vers le nord-ouest quand son flot se divisa. Les avions qui devaient arriver les derniers sur leurs bases virèrent pour allonger leur route et le pilote du B dut manœuvrer pour les croiser. Chevrier s'installa à ses côtés, ouvrit une bouteille thermos et fit circuler les gobelets de thé chaud. Maintenant, tout allait bien.
Chevrier avouait qu'il était bien. Il découvrait avec étonnement qu'il n'avait plus envie de rejoindre la terre. Jadis, à l'entraînement, quand les équipages rentraient d'une nuit de vol et qu'ils devaient, pour retrouver la base, attaquer dix mille pieds de nuages à givre et de cirage, ils hésitaient. Ils étaient parfois deux ou trois avions à balader ensemble leurs feux dans les étoiles, comme des plongeurs indécis sur un rivage.
Le monde entier se cachait sous cette longue nuit d'hiver où le raid venait de massacrer la garnison de Goch. Des hommes achevaient peut-être la soirée sous la lampe avec des propos désabusés ; des femmes pensaient peut-être à leurs fils ou à leurs amants, et tous essayaient de s'éloigner doucement, par les chemins bienheureux de l'oubli, de cette guerre sans fin qui broyait les corps et les âmes. S'enflant, puis s'éteignant avec de lentes ondes haletantes, le bruit des bombardiers qui rentraient au-dessus des nuages ne troublait personne. C'était le bruit de toutes les nuits et comme leur respiration. Aucun sentiment n'allait vers les équipages ; ils n'éveillaient pas plus d'émotion qu'un train express à son passage sur un pont.
Chevrier savait aussi que c'était son métier. L'aviation détruisait l'humanité pour lutter contre la barbarie. Mais cette barbarie abattue, d'autres se lèveraient à leur tour contre le travail et la paix des hommes. Il n'y aurait jamais de terme à cette course à l'abîme et si lui-même y sombrait, quelle importance cela avait-il ? Le lendemain, l'équipage partait en permission, c'était bien tout ce qui comptait. Chevrier ne savait pas encore où il irait. Toutes les coupes du roi Salomon étaient d'or pur comme toute la vaisselle de la maison de la forêt du Liban. Maintenant aussi, les âmes devaient être d'or pur.
Il y avait quarante minutes avant de donner l'éveil aux mitrailleurs: " On arrive, on va percer. Attention aux taxis... "
Le fracas des quatre moteurs versait une paix majestueuse au cœur de l'équipage.
Jules Roy, La vallée heureuse, V, 2, Albin Michel, Paris, 1978.
(Kopp, ami d'André Cabé est le mécanicien dans cette mission)

Chevrier se rassura à la source même de son angoisse. Assis sur les bancs de la salle de renseignements pour sa vingtième sortie, il n'avait pas besoin de poser les yeux sur les garçons de l'équipage pour lire en eux et les aimer, car nul autre mot n'eût mieux convenu au sentiment qui l'attachait à eux. Bien des obstacles les séparaient encore dès le retour des raids. Ils ne se comprendraient jamais très bien les uns les autres, ils n'éprouvaient jamais en temps ordinaire le désir de manger les uns à côté des autres ni d'échanger des confidences. Chevrier entendait ne forcer personne dans le champ clos de sa vie intime. Le pilote jouait aux cartes le navigateur disparaissait sans jamais dire où il allait, les mitrailleurs couraient les filles, le radio manquait souvent la conférence du matin, le mécanicien élevait un petit chien qu'il enfermait dans sa chambre pendant ses absences. Quand ils se rencontraient, ils se disaient bonjour, bonsoir, sans effusion, comme des ouvriers d'usine. Mais Chevrier n'avait jamais besoin de les houspiller. Ils restaient à l'affût. La mission déclenchée, ils rappliquaient l'un après l'autre à l'heure de la réunion générale, cherchaient dans la cohue la table du B et s'y serraient en silence. Ils n'étaient pas tentés de s'asseoir ailleurs. Ils pensaient qu'ils formaient le meilleur équipage de l'escadrille, mais ne le disaient pas. Le mécanicien bâillait, le mitrailleur supérieur offrait des cigarettes, le navigateur pliait ses cartes et taillait ses crayons. Chevrier distribuait les pochettes d'argent étranger et les boîtes d'évasion, et tirait sa pipe de sa poche. Il était aussi inquiet que d'habitude. C'était bon signe.
Chaque fois, cette petite saleté de cercle rouge causait une surprise qui tordait le ventre, mais chaque fois aussi l'équipage rentrait, malgré les aventures. A tâter au fond de lui son trac familier ,-comme une vieille blessure, Chevrier éprouvait la promesse du retour.
Jules Roy, La vallée heureuse, V, 2, Albin Michel, Paris, 1978.